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BUNKERS

Homotypies

   La série des “ Bunkers ” que Leo Fabrizio a initié durant plus de quatre années ne saurait, à l’évidence, prendre appui sur aucun autre médium. C’est même, d’une certaine manière, l’existence même de la photographie qui lui donne tout son sens. Le projet en est des plus simples : il consiste à réaliser des images montrant des bunkers sis partout en Suisse, et fait écho, en cela, à divers autres projets conduits par Leo Fabrizio avant, pendant et après ce travail. Ces projets, plus anciens ou bien encore en cours, l’ont conduit à photographier des barrages hydrauliques, des champs, des glaciers... L’enracinement géographique n’est pas une mince affaire dans son travail, et en garder la notion à l’esprit permettra de ne pas s’attarder sur la dimension métaphorique du bunker comme “ chambre noire ”, tout autant que d’évacuer d’autres motivations qui formèrent, par exemple, le socle des projets de Paul Virilio dans les années 70 (et la publication en 1975 de son ouvrage relatifs aux photographies des bunkers atlantiques des années 1958 à 1965) ou, plus tard, de Jean Baudrillard. Le bunker, chez Leo Fabrizio, est à la fois un élément de la culture helvétique et un élément du paysage : il confie lui-même que, dès la mise en œuvre de ce travail, la relation de l’architecture des bunkers au paysage environnant est devenue  le sujet principal de ses images. Aussi son travail ne semble-t-il devoir à celui de Hilla et Berndt Becher (on sait la grande influence qu’eut leur enseignement à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf) que l’obstination et la rigueur, sans, par exemple, en reproduire les mécanismes de cadrage systématique, pas plus, d’ailleurs, que les règles géométriques de présentation et de composition par ensembles.

   Au vu des images réalisées, une typologie sommaire d’édifices se fait jour : certains ressemblent aux bunkers des plages de Normandie, d’autres sont semblables à des maisons ou des chalets, d’autres encore sont dissimulés dans les parois rocheuses – certains, c’est le moins qu’on puisse dire, ne ressemblent vraiment à rien de connu, et sûrement pas à l’idée que l’on se fait d’un bunker. Chacun de ces types induit presque automatiquement un cadrage particulier : les bunkers “ en maison ” (c’est à dire camouflés dans ce qui ressemble à une maison) invitent à détailler, en gros plan, les trompe-l’œil qui dessinent en façade des fenêtres et des portes, en vérité inexistantes ; les édifices plus classiques, en béton brut, perdus dans les montagnes, incitent au format panoramique ; les “ curiosités ” dictent presque par nature leur traitement à l’égal du portrait. Certains bâtiments extrêmement sophistiqués peuvent naturellement donner lieu à plusieurs images, d’autres plus immédiats n’en génèreront qu’une seule. Ainsi, pour aussi homogène qu’elle soit, la série est-elle franchement hétéroclite – unifiée toutefois, au-delà de la maîtrise absolue des règles de composition qui caractérise le travail de Leo Fabrizio par la qualité des tirages, la similarité des formats, la régularité du dispositif de présentation.

   Le pouvoir de fascination intense qui émane de la “ série des bunkers ”, ne repose pas, au bout du compte, uniquement sur la qualité pourtant indiscutable des images produites, pas plus que sur leur cohérence limpide. Certes, certaines d’entre elles savent s’imposer avec une sorte d’évidence, que leur composition soit remarquable, leur sujet singulier, ou leur cadrage astucieux. Mais c’est bien le projet dans son ensemble qui donne à chacune des images de cette série une épaisseur inédite. Il faut se représenter Leo Fabrizio conduisant avec une détermination rare cette manière de recensement, accédant après diverses enquêtes qu’on imagine complexes à des lieux tenus secret, parfois au sommet de montagnes, dans des forêts, des prairies immenses. Il faut se l’imaginer parfois entouré de neige et de tempêtes, d’autres fois perdu, cherchant un édifice si bien dissimulé qu’il se tient en face depuis longtemps sans s’en apercevoir.

   Le caractère résolument ambitieux de cette série n’est pas étranger, lui non plus, à son efficacité. Il s’agit de plus de 400 images, de plusieurs années de recherches et de travail pour localiser des bâtiments souvent confidentiels, et dans cette dimension presque absurde quelque chose d’inconnu se montre au spectateur : la férocité d’un engagement. Elle s’oppose justement aux convenances d’une époque où tout est à disposition, où la démocratisation des outils technologiques permet à chacun de se penser musicien, cinéaste, designer, artiste pourquoi pas, et avec plus de certitude encore, photographe. Non pas, d’ailleurs, qu’il faille porter sur cela un jugement qualitatif, mais l’avoir à l’esprit comme élément de référence, en comparaison avec les exigences auxquelles Leo Fabrizio s’astreint. C’est aussi dans sa démesure que ce projet prends corps, tout autant que dans la bienveillance incongrue de sa vacuité sémantique. Rien, en effet, n’est à conclure de ce catalogue méthodique et appliqué, quand pourtant l’ambiguïté de son sujet pourrait le laisser supposer. Que la Suisse soit parsemée de bunkers n’est en  rien une révélation, et leur exhibition sous la forme que lui a donnée Leo Fabrizio n’invite à la formation d’aucun discours, et d’aucun commentaire. Ni dénonciation, ni révélation, elle prend son sens dans ce que Bertrand Lavier appelle avec une certaine lucidité “ le fait accompli ” – qui est l’élément essentiel de la constitution de l’œuvre d’art, et la distingue d’autres types de production. C’est en s’édifiant dans les marges du documentaire, de l’obsession et de l’exploit, que cette “ série des bunkers ”, affichant sans faux-semblant son caractère irrésolu, peut nous hanter désormais – pour peu que l’on construise son histoire.

   Eric Troncy.

BUNKERS - The Book

A paranoid excursion in alpine Switzerland investigates history.

   Leo Fabrizio developing for more than four years working on a documentary photographic Swiss fortified buildings, bunkers. First, he noticed a number of easily identifiable as works near roads or summarily camouflaged. Soon, the exploration of the relationship between these bunkers rudimentary forms and often sumptuous landscape that surrounds even becomes the essence of the work.

   Secondly, the photographer seeks the most spectacular bunkers, including their cloaking devices, real theater sets made ​​with all Swiss care. Novel, the aesthetic approach of Leo Fabrizio aims to show the bunkers from a new perspective, with symbolic landscape and Swiss military in the background .

Monography.
Texts by: Eric Troncy & Maurice Lovisa.
Concept: Leo Fabrizio
Graphic Design: Olga Fabrizio

Book Sold-out.

 

Editor:
Infolio
Pages:
176
Contributors:
Eric Troncy Maurice Lovisa

Solo Exhibits

   Le travail photographique de Leo Fabrizio identifie, isole et éclaire de façon brillante, lumineuse et colorée les ouvrages de fortification édifiés par les suisses au milieu du 20e siècle et qui constituent les monuments de leur réduit national. Le coming out de cette architecture alpine d'un genre particulier agit comme un catalyseur de la rétrospection historique.

   Pierre Frey, Professeur EPFL, dr sc. tech, historien de l'art

 

Made with a 4x5 inches large format camera and negative films.

 

 

2008:
2007:
LAZNIA, Centre for Contemporary Art, Gdansk, Poland.
2006:
Galerie Le Granit, Belfort, France.
2005:
Galerie Kamel Mennour, Paris, France.
2004:
Centre de la photographie, Genève, Suisse.
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